#3 Cinématographe vivant
De Matthieu Choux
Accueil en résidence au GMEA pour la realisation du travail sonore en multiphonie.
Expérience sensible, « #3 » mêle image et sons dans l'espace. Telle une succession de tableaux mobiles, la musique rendue visible, strie l'espace de diffusion par son kaléidoscope de sensations kinesthésiques.
Au travers d'un dédale onirique, retranscrit par la vue subjective d'un individu oscillant entre errance et fuite, ce parcours marqué par l'omniprésence de la machine cherche à explorer l'aliénation de l'organique au mécanique.

Note d’intention :
« Je suis né à Dijon. J’ai aujourd’hui vingt-huit ans.
Très jeune, j’ai effectué des études d’infirmier. Ma carrière a été brève, sans passion, comme c’est souvent le cas dans cette profession. Mon intérêt était ailleurs, sur la musique électronique, dans ses manifestations publiques et sa fabrication. C’est ainsi que j’ai commencé à composer.
L’importance que j’ai toujours accordée à la qualité technique de mon travail m’a conduit à assimiler rapidement quelques notions de mixage. Cette pratique me fascinant, j’ai décidé d’en faire mon métier. Ce qui m’a mené à la reprise de mes études, à vingt-cinq ans, à l’ESAV. Cette école de cinéma m’a permis de vivre de multiples expériences sur la réalité de création d’un film, me donnant la possibilité de participer à de nombreux projets, de toutes envergures artistiques et budgétaires. Initialement entré pour devenir technicien, ce parcours m’a donné envie de réaliser, et m’a permis de passer à l’acte, dans une rencontre incroyable avec le montage.
Mon amour du son s’est également confirmé dans cette école. D’avoir accès à du matériel d’enregistrement m’a permis d’expérimenter cette pratique qui m’intriguait depuis longtemps : la musique concrète. Ce fut une révélation. J’ai rapidement intégré la classe de composition électroacoustique du Conservatoire de Toulouse, où je suis actuellement inscrit en second cycle.
Ma pratique artistique actuelle fait la synthèse de mon cursus et de mes expériences personnelles. Mon travail de création cherche à rendre visible l’invisible, à mettre au jour ce qui est habituellement caché, mais cependant d’un fonctionnement parfaitement rationnel et explicable : l’inconscient. Pour ceci, j’ai choisi de retranscrire par le cinéma l’une de ses manifestations les plus évidentes, le rêve, dont l’Inquiétante étrangeté laisse toujours percevoir l’existence d’une signification, même s’il s’avère souvent ardu de la comprendre de manière précise.
Ceci m’a amené à réaliser des court-métrages proposant un parcours au sein d’univers oniriques. J’envisage ceux-ci comme une succession de tableaux animés, constitués d’éléments qui n’ont par eux-mêmes rien de dérangeant. Ma recherche se place au niveau de l’association de ces constituants, qui, dans leurs relations, doivent provoquer l’évolution graduelle d’un climat d’instabilité. Mon intention est d’exprimer, à mesure du défilement des images, la manière dont peut s’installer une tension sourde et tenace, ressentie de manière d’autant plus intense qu’elle ne présente pas de cause immédiatement désignable.
Ces petits films fonctionnent donc en dehors des modes narratifs habituels. Des éléments dramaturgiques sont cependant présents, laissant la possibilité aux spectateurs d’imaginer, ou non, une histoire, sans jamais en imposer une. Le fil conducteur n’est pas ici un scénario, mais les fluctuations d’une sensation de mouvement. En ceci, la logique de structuration avec laquelle j’organise le montage s’éloigne des principes habituels du cinéma, pour se rapprocher de la composition musicale.
#3 est ma dernière réalisation en ce sens, et la plus aboutie à ce jour. »
Matthieu Choux
Septembre 2006
Interview de Matthieu Choux en résidence au studio du GMEA
Mardi 14 novembre 2006 dans la cadre du festival Novelum, Toulouse
Samedi 17 mars 2007 dans la cadre du festival reBonds, Albi
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