Vagues moments
Frédéric Le Junter
Les installations et concerts de machines mécaniques sonores que j’ai construites m’ont permis de développer une pratique particulière. Les médias et les critiques me qualifient de musicien-plasticien ou parfois de plasticien-musicien. Pour moi, pas d’ambiguïté, je me considère comme un sculpteur-musicien car je travaille à la fois la matière concrète (le bois, le métal, etc…) et la matière sonore.
Habituellement, mon action consiste à fabriquer, à partir d’objets trouvés, un instrument acoustique particulier et la machine qui va en jouer. Tout passe par une lutherie un peu brute, voire primitive et directe. La musique-matière ainsi produite tente de faire coïncider le déterminé et l’aléatoire, d’allier le fini et le non-fini.
Sous la forme d’installations, mes machines fonctionnent en exposition automatique, le tout étant commandé par des programmateurs. Dans la forme concert, je « joue » des machines où je commande leur fonctionnement. Dans cette situation il faut considérer la relation entre musiciens mécaniques et musiciens vivants…
Pour la composition de « Vagues moments », je souhaite utiliser les ressources de l’enregistrement multi-microphonique selon les dispositifs expérimentés dans les recherches du GMEA pour constituer, à partir des situations d’installations ou de concerts, les matériaux de cette œuvre.
Ces matériaux, leur développement pris dans la durée de leur énergie ou de leur comportement particulier serviront de base à la composition qui sera faite en studio. Cette écriture utilisera les nouvelles possibilités d’interface, des modèles physiques appliqués aux gestes d’écriture du son dans l’espace, et autres possibilités offertes par les développements des travaux de recherche issus de la plate-forme VIRAGE à laquelle participe le GMEA.
L’écriture de la pièce sera conçue pour un environnement multiphonique.
Cette œuvre sera une forme d’aboutissement de mon travail sur les installations sonores et les concerts de machines mécaniques sonores ; le choix de composer une pièce que l’on pourrait qualifier d’électroacoustique–mécanique va me permettre d’interroger une forme de complexité dans l’écriture musicale que je ne peux pas atteindre avec les formes que j’utilise habituellement. C’est aussi « donner à entendre » un point d’écoute totalement différent de mon travail en révélant grâce à la prise de son, considérée comme un outil d’écriture du son, et grâce au travail de composition en studio, la richesse des matériaux sonores, des polyphonies d’allures, des complexités de rythmes, des agglomérats de timbres, etc…
Mon attention se portera plus particulièrement sur la construction de la complexité de l'espace offert par la multiphonie, dans un désir de retrouver le caractère de lenteur des espaces portuaires qui m'inspirent et que j'ai envie de transposer, avec pour méthode de construction la sensation directe et intuitive, proche du dessin.
Cette œuvre se fabriquera au cours de différentes résidences de travail dans les studios du GMEA. Elle sera créée en mars 2009 dans le cadre des Journées électriques à Albi.

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