©Quatuor Hêlios
Seul à Seuls
Georges Aperghis / Quatuor Hêlios
le 29 mars 2008 à 22h30, au Théâtre Municipal d'Albi
Georges Aperghis - Composition et mise en scène
Daniel Lévy - Création vidéo, création lumière, mise en espace
Emilie Morin - Assistante à la mise en scène
Quatuor Hêlios - installation instrumentale!:
Isabelle Berteletti / Florent Haladjian / Jean-Christophe Feldhandler / Lê Quan Ninh
François Cacic - Régie Son
Franck Condat - Régie Lumières
Coproduction :
Centre Culturel André Malraux – Scène Nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy
Cumulus (producteur délégué) - Festival Why Note - Dijon
Festival Musica - Strasbourg
Il y a d’abord un titre à la Dumas, version contemporaine et urbaine du " un pour tous, tous pour un ". "Seul à Seuls, veuillez noter le S qui donne la clé : chacun, avec sa solitude, rapporté au groupe sans lequel elle ne serait pas. Métaphore du collectif, somme de ses individualités." Antoine Gindt.
Georges Aperghis avance avec les quartettistes d’Hêlios en pariant que leur addition augmentera leur degré communautaire. Voilà, disposés sur la scène, leurs quatre territoires, concrétisés par quatre matériaux, archéologique, technologique, horizontal, filaire... Quatre territoires à décoder, à organiser selon une installation où les zones sont délimitées par des instruments protubérants, aussi éloignés que possible des traditionnels sets de percussions.
Ici, ni tambour, ni gong, ni peau, ni cymbale.
Roches et bois, pieuvre électronique, fils avec résonateurs en papier, table de manipulations digitales, chaque endroit est capté par les caméras espionnes de Daniel Lévy, avant de se fondre dans un océan sonore.
Sac et ressac du son, les quatre îles affleurent selon les marées, Seul à Seuls est une invention acoustique, le théâtre mental des cauchemars ou des rêves de nos solitudes.

Notes d’intention
Par Georges Aperghis
Il s’agit d’un spectacle étroitement élaboré avec le Quatuor Hélios.
La première idée c’est de tenter de pénétrer dans le monde secret de chacun des membres du groupe, de créer avec lui ce qui pourrait être son “territoire” à la fois sonore et sensitif : sa demeure. Chacun selon son inspiration devra d’abord, au jour le jour, créer un environnement en devenir qui lui permette d’inventer “son monde”.
Dans un premier temps, en tant qu’observateur bienveillant, je prendrai le temps de ressentir ces propositions avant d’y répondre. J’essaierai ensuite d’élaborer une combinatoire entre les différents territoires pour aboutir à une sorte de théâtre mental. La deuxième idée concerne la façon d’écrire ce spectacle. C’est pour moi l’occasion d’expérimenter en dehors de mon écriture habituelle, le mélange entre improvisation, différentes formes de notation et écriture orale. Autant de modes que j’avais pratiqué séparément au début des ateliers de l’ATEM.
Cette souplesse nous permettra de mieux faire face aux surprises engendrées par le contrepoint musical et visuel entre les différents “mondes”, et de tenter un passage entre des sources sonores rudimentaires et haute technologie.
Le thème de travail sera celui du territoire (sonore, textuel ou visuel), du vivre ensemble, de la cohabitation, de la place de chacun dans ce territoire (au centre, en marge, etc.), de la dynamique humaine/animale que cela engendre. Sorte de champ magnétique dans lequel les individus n’arrêtent pas de réagir les uns aux autres, de s’attirer ou se repousser. Selon les réactions “chimiques” qui vont en résulter, des situations en devenir vont se dégager et seront proposées aux auditeurs / spectateurs comme agrandies à la loupe. Chacun ainsi pourra observer cet élevage d’émotions et se fabriquer sa propre fiction.
C’est le genre d’aventure où le processus de création est tellement important qu’il risque de transformer nos rêves de départ, mais c’est précisément ce qui est excitant.
Notes d’intention
Par le Quatuor Hêlios
Après dix-huit années d'activité et de nombreuses créations de pièces nouvelles, il est étonnant que le Quatuor Hêlios n'ait pas entreprit plus tôt une collaboration avec le compositeur Georges Aperghis. Celui-ci, en effet, a toujours été un point de référence pour le quatuor et ses oeuvres utilisant par exemple la percussion, toujours sensibles et intelligentes, dépassent la problématique instrumentale et son côté souvent clinquant et superficiellement spectaculaire, et cet aspect a toujours été au coeur des intuitions du Quatuor Hêlios : bien moins que de "faire voir" l'instrument c'est plutôt à "faire entendre" l'oeuvre et ce qu'elle véhicule de poésie et de réflexion qu'il importe de diriger son énergie.
Pour qualifier le travail de Georges Aperghis, le Quatuor Hêlios y voit plus un théâtre de musiciens qu'un "théâtre musical" et la nuance est plus importante qu'il n'y paraît : le sens donné à l'oeuvre et par l'oeuvre provient des capacités des musiciens à développer une temporalité et une précision propre à la musique et la théâtralité se fonde sur la singulière façon qu'ont les musiciens d'investir un "rôle". Le Quatuor Hêlios a déjà plusieurs expériences dans ce domaine, entre les mises en scène de Marc Feld pour Hêliopolis 1 de Giorgio Battistelli (création au festival Musica à Strasbourg en 1992), les Variations sur un texte de Victor Hugo de Jean-Pierre Drouet (création avec mise en scène au festival Nouvelles Scènes à Dijon en 1993) et les pièces dont la théâtralité provient du dispositif même (voir les pièces de Vinko Globokar, George Lewis, Lê Quan Ninh et Jean-Christophe Feldhandler).
Aujourd'hui le projet avec Georges Aperghis est basé sur ce désir jamais comblé d'une véritable collaboration entre notre travail d'interprètes et celui du compositeur où, pas à pas, on rapproche des points de vue trop souvent et paradoxalement antagonistes comme si finalement on avait besoin, et les uns et les autres, d'un rapprochement de nos paradigmes respectifs et inconciliables. C'est d'ailleurs à une métaphore de ces paradigmes, élargie à la notion d'Umwelt dans la définition qu'en donne l'éthologie, que le Quatuor Hêlios et Georges Aperghis souhaitent se référer pour ce projet.
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