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 Photo©Quentin Bertoux
Aujourd'hui à deux mains
Une scénographie audiovisuelle de Pascale Houbin
En collaboration avec Jean-Pierre Larroche, scénographe, Michel Musseau, compositeur, Brigitte Patient, productrice radio
Partenaires de production à ce jour :
Cie Non de Nom
Les Ateliers du Spectacle
Saraband Films
La Maison Hermès
La Communauté d'Agglomération du Pays de Montbéliard
du 2 au 28 mars 2010
L’ATHANOR –SCÈNE NATIONALE D’ALBI
Du mardi au dimanche
Entrée Libre
Médiation scolaire sur réservation auprès de la Scène Nationale d'Albi
L’installation Aujourd'hui à deux mains est une scénographie des gestes au travail proposée par Pascale Houbin. Grâce à un mode original de diffusion imaginé par Jean-Pierre Larroche, dans un environnement sonore composé par Michel Musseau, c'est à une promenade poétique dans l'univers du geste que le visiteur est convié. Le parcours est jalonné de propos suscités par Brigitte Patient qui, joignant ainsi le geste à la parole, cherchent la relation du geste quotidien et productif au travail avec la liberté du geste dansé.
Le travail du geste
Depuis plusieurs années, je filme des gestes au travail. J'ai à ce jour réalisé une vingtaine de courts-métrages et composé un film de 36 minutes avec certains d'entre eux que je diffuse à l'occasion de mes spectacles chorégraphiques dans le réseau du théâtre public.
Je souhaite aujourd'hui réaliser une scénographie à partir des films réalisés qui propose au public un parcours dans l'univers du geste grâce à un dispositif original de diffusion visuelle et sonore.
J'ai entrepris le "collectage" des gestes au travail en relation avec mes précédentes aventures artistiques. En 1987, j'ai appris la Langue des Signes Française, parole inscrite à même le corps et faite de gestes. Au fil des créations, un processus d'écriture chorégraphique s'est mis en place, une forme d'alphabet gestuel pour faire parler mes gestes, les imprégner de mots, permettre à mon corps d’incarner du sens littéraire, explorer les résonances entre texte et danse.
C'est riche de cette expérience, à la frontière de la langue parlée et de la calligraphie visuelle, que j'aborde le geste dans le travail.
Aujourd'hui comme hier, les métiers qui fabriquent, produisent, classent ou soignent… nécessitent des gestes précis qui sont des creusets d'humanité, des micro-histoires autant individuelles que collectives.
Ils témoignent d’une activité humaine qui met à la fois en jeu une technique, une reconnaissance sociale et une valeur marchande.
Ils sont une connaissance mise en forme, en forme de mains, un acte qui est en lui même le récipient d'une pensée, d'un savoir-faire… et que l'expérience va faire briller.
Ainsi, j'ai demandé à des travailleurs (artisans, soignants, pilotes d’avions…) de faire "à blanc" le geste qui leur est familier… c'est-à-dire sans le support de l'outil, ni celle de la matière ordinairement travaillée, ni celui du corps de l'autre.
Dépouillé de ses appuis extérieurs, le geste pointe le processus dynamique et l'action imaginative dans lesquels la vie se reflète pour créer, il mobilise mémoire, sensation, intention, intuition, vécu, expérience, confiance, conscience, liberté, créativité…
C'est cette part d'intériorisation – appelée dans tout acte créateur - qui émeut dans le geste du métier, lui donne sa beauté, qui fait apparaître son lien avec le geste dansé.
Effectué "à blanc", le geste révèle des moments suspendus d'harmonie surgis de la conscience spontanée et immédiate de la personne au travail, lorsqu'il s'affranchit du travail pour lequel il est fait.
À la manière d’un archéologue qui creuse le sol, enlève la terre, gratte les poussières… j’ai regardé les gestes au travail se dessiner dans l’air, se calligraphier dans l’espace pour voir se déployer librement leur évocation émotionnelle… pour en révéler la danse.
Le geste en scène
Cette installation est un acte chorégraphique.
En effet, après avoir ôté les outils des mains, je voudrais emmener les gestes des artisans vers la danse, je voudrais maintenant leur appliquer mes outils, ceux de mon métier, ceux de la danse, les paramètres de la scène :
L’espace, la musique, la lumière, les mots pour les dire…
L’ellipse poétique du dispositif et de sa représentation.
L'organisation spatiale des images et des sons, le frottement produit par les éléments de cet ensemble, doivent en dire la complexité, la pluralité, le plein et le vide, le visible et le caché, le dedans et le dehors… l'humanité de ce qui est à l'oeuvre ici dans les gestes et mettre le spectateur en situation sensible, active, ré-active.
Jean-Pierre Larroche imagine un lieu de promenade, un champ jonché d’objets : de grandes images en mouvement, des sources lumineuses pour baliser le parcours, tout cela près du sol et des pieds, des "herbes hautes", de tout petits écrans et d’autres sources lumineuses sur de minces tiges-supports, "perchés" à hauteur de regard et d'oreille.
Le visiteur circule librement entre une dizaine de "stations" de projection qui s'organisent sur deux plans :
- un premier plan de vision et d'écoute à moyenne distance (de 2 à 3 mètres) projette un film de 5 à 7 minutes consacré à un geste, à un métier,
- un second plan de vision et d'écoute rapprochées qui a le statut d’un cartel associé à la projection du premier plan.
Posées à même le sol, les images des gestes ont la taille d’un enfant… Elles arrivent à la hauteur des jambes, tout au plus à la hauteur du bassin des visiteurs. Cette place leur donne une stabilité, un enracinement qui procure une sensation de réalité au niveau des pieds du visiteur.
Les cartels, en forme de rencontre radiophonique filmée, incitent le visiteur à tendre l'oreille : auteurs et acteurs du projet - artisans euxmêmes, mais aussi personnes rencontrées aux alentours de sa réalisation, danseurs, chorégraphes, sociologues, psychanalystes, scientifiques… - parlent des questionnements, du brassage, des plis du projet… de l’intime au travail.
La perception de l’ensemble de la scénographie doit permettre à la fois la concentration de l’observation sur chacune des projections et la libre circulation dans le dispositif. Elle doit conjuguer les différents plans de visibilité et d’écoute, pour assurer la qualité de visibilité de chacune de ses composantes et en particulier celle des films.
La musicalité, la sensualité, l'agilité, la dynamique, la précision des gestes guident la composition de Michel Musseau. Une musique de timbres, sans développement musical à proprement parler, plutôt intuitive et libre, elle enveloppe l'installation : sons concrets, ambiances enregistrées lors des tournages, son des outils, des machines, voix, mots, parole des uns et des autres, piano (seul instrument de musique utilisé) et divers traitements électroniques. La musique fabrique l’objet invisible.
Les entretiens radiophoniques de Brigitte Patient jalonnent le parcours. Grâce à la forme vivante de la conversation, ils accompagnent le visiteur avec une variété de contributions, commentaires, expériences, sur différents registres, poétiques, pédagogiques, experts… et, chemin faisant, ils inscrivent le geste au travail dans une recherche qui dépasse sa stricte fonctionnalité, ils font de l'installation un espace de découverte et de réflexion sur le langage du corps travaillant ou dansant.

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