SEMAINE DU SON



Triporteur Sonata
De et par Jean-François Vrod

Une commande du GMEA avec le soutien de l’état.

 

Du plus loin que je me souvienne, j’ai appris à jouer du violon dans des lieux.
Commençant sur le tard (16 ans) avec les musiques de tradition orale du massif central français, même si au cours de mon apprentissage (que je n’estime pas terminé), j’ai rencontré quelques grandes figures tutélaires, je me considère en grande partie comme un autodidacte.
Statut que je partage avec bien des musiciens traditionnels rencontrés en collecte. Alors qu’on a beaucoup insisté dans ce domaine musical, sur la filiation comme support de transmission, on s’aperçoit que les choses sont plus complexes. En analysant cette musique, on découvre qu’elle est intimement liée à celui qui la joue, bien souvent apprivoisée dans une quasi-solitude, pour être par la suite, réinventée à chaque interprétation.
N’oublions pas que le musicien traditionnel, c’est tout d’abord celui qui joue en fonction d’un contexte spatial, culturel et historique.

Aussi, le lieu où l’on apprends à jouer, avec sa réverbération, sa couleur d’équalisation naturelle, son environnement, est beaucoup plus que simplement l’endroit où l’on se trouve, il prend part, parce qu’il agit directement sur le son, à la fabrication de la musique, il indique des directions, suggère des choix.
A sa manière, il devient une sorte d’interlocuteur non silencieux, qui inlassablement avec sa propre logique de fonctionnement, répond à tout ce qui est joué.
Par ailleurs, au-delà de l’aspect purement sonore du lieu, son potentiel poétique lui aussi, influe sur la fabrication d’une musique dont le contenu n’est jamais totalement déterminé à l’avance.

Alors, si j’avais à lister les lieux qui me reviennent en mémoire pour la qualité de ce que j’y ai appris, je citerais :
La salle de bains du pavillon de Vitry-sur seine où habitait ma femme quand je l’ai connue, la chapelle néo-baroque de Toulx-Sainte-Croix en Creuse, plusieurs salles du château de Sédières en Corréze, subtils mélanges de pierre et de granit, la cuisine de Germaine et Joseph Perrier à Perols dans le Cantal, la cave d’un appartement où j’ai habité à Orly…

A ce titre les deux expériences menées avec le GMEA, d’une part au château de la Linardié en mai 2004, pendant les rencontres « Musique et Quotidien Sonore », d’autre part au domaine de la Monestarié en avril 2005 lors d’une résidence du compositeur Alain Savouret, ont été d’un précieux apport.
Elles m’ont permis d’engager plus avant la question de la découverte et du jeu d’une musique dans un contexte particulier, et ainsi de poursuivre mon travail de recherche d’une transposition contemporaine du geste du musicien de tradition orale.
Je souhaite profiter de l’occasion qui m’est offerte ici avec cette commande d’état, pour prolonger et approfondir cette recherche.

En visitant et travaillant dans des lieux choisis pour leurs qualités acoustiques ou pour leurs particularismes de type ethnologique, pourraient être abordées les questions suivantes :
Comment mon violon sonne-t-il dans ce lieu ?
Quels sons et quelles musiques paraissent y être le plus à leur place ?
Quel vocabulaire sonore me révèle-t-il ?
Que me raconte-t-il ?
Quelle corporalité semble-t-elle la plus adaptée à ce qui doit s’y jouer ?

Le travail dans chaque lieu s’effectuera en deux temps :
Un premier temps de travail solitaire en relation aux questions évoquées ci-dessus, et un deuxième temps d’enregistrement.

A l’issue de ces visites, les éléments enregistrés pourraient constituer d’une part, un support à une restitution concertante de type mixte (violon, voix et phonographies), d’autre part, le matériau de base à mixer et à monter d’une publication sonore.


Post-face : C’est en triporteur Piaggio que Patrick Mona, Françoise Marchesseau et moi-même avons effectué nos premières collectes auprès des violoneux et chanteurs auvergnats à la fin des années 70. Nous mettions alors une journée et demie pour effectuer non-stop le trajet Paris-Saint Flour, et nos oreilles plusieurs heures à retrouver ensuite toutes leur capacités !
Jean-François Vrod, Juillet 2005.


 

Journal de bord de la commande
Biographie de Jean-François Vrod

Stage "Vous êtes ici" avec Jean-François Vrod

Étape de création le samedi 19 janvier 2008 à la Scène Nationale d'Albi, dans le cadre de la semaine du son.

Création le mercredi 30 avril 2008 à Pavie (32) dans le cadre du Festival Trad'Envie.

 

Retrouvez Jean-François Vrod pour "La Musique du Lieu", les 29 février et 19 avril 2007 dans le cadre de la Caravane.

 

 


 

 

   
 

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